interview Florence Lustman

Quel bilan faites-vous de la réglementation dans le secteur de l’assurance ?

Florence LUTSMAN : Plutôt qu’une réglementation, ce serait plutôt un mille-feuille de réglementations qui impacte le secteur et qui est de plus en plus indigeste. A force de vouloir trop encadrer, que ce soit en matière prudentielle ou comptable, à force de vouloir prévoir tous les cas d’espèce, on prend le risque d’étouffer les entreprises et leur capacité d’innovation et d’entraver leur agilité, une caractéristique pourtant essentielle pour s’adapter à un environnement en perpétuelle évolution.  

Si l’on prend les normes comptables IFRS 9 et IFRS 17, par exemple, on est en droit de se demander si leur application prochaine améliorera vraiment la gestion de l’information et si la performance de l’entreprise apparaitra en lecture directe dans ces outils. Concernant Solvabilité 2, je rappellerai d’abord que l’Association européenne des Actuaires a noté des différences très fortes entre les Etats-membres en matière d’application de la directive. Ensuite, le résultat de cette norme, à savoir le ratio Solvabilité 2, est extrêmement volatile, ce qui conduit les assureurs à cibler un ratio de l’ordre de 200 %. Pourtant, dans le schéma initial de Solvabilité 2, on prévoyait deux niveaux de capital, le MCR et le SCR, dont la cible normale est à 100 % quand tout va raisonnablement bien. Aujourd’hui, avec une moyenne de 200 %, nous sommes donc deux fois plus capitalisés que ce qui était prévu initialement.

J’ajouterai que les modifications constantes de réglementation posent aussi une difficulté en termes de coûts et d’organisation. Or, chaque changement entraîne des modifications coûteuses et chronophages des systèmes informatiques.  
 

Quel est le bilan de la directive Solvabilité II ?

F. L. : Solvabilité II est une norme récente, puisqu’elle a à peine trois ans. Elle est encore en phase de rodage.

Il était risqué de changer l’outil du superviseur du jour au lendemain en remplaçant Solvabilité I par Solvabilité II, sans monitoring. L’idéal aurait été de maintenir Solvabilité I pendant encore deux ou trois ans, de tester Solvabilité II dans l’intervalle, puis d’opérer une transition progressive et d’ajuster le cas échéant Solvabilité 2 en fonction des défauts constatés.

Or aujourd’hui, avec l’arrivée des taux négatifs, nous prenons conscience que Solvabilité 2 peut rendre les ratios de solvabilité extrêmement volatiles.
 

Quelle révision de Solvabilité II est-elle attendue ?

F. L. : Il convient d’avoir un véritable pilotage politique de Solvabilité 2. Un prérequis essentiel pour le secteur est que cette révision assure un level-playing field efficace en Europe ; ces derniers mois ont démontré qu’il existe encore trop de différences dans l’application de règles censées être homogènes.

Une fois ce prérequis assuré, nous attendons de la révision qu’elle libère les capacités des assureurs pour leur permettre d’investir dans le long terme : la compétitivité de notre secteur à l’international et le développement de l’UE en dépendent. Les assureurs ont les capacités d’investir dans les infrastructures européennes, le digital, l’environnement, mais encore faut-il leur en laisser la possibilité.
 

Comment inciter les Français à s’orienter vers d’autres fonds que les fonds en euros ?

F. L. : Je rappellerai tout d’abord que les assureurs sont parfaitement solvables et que tous les engagements inscrits dans leurs bilans seront respectés.

Dans un contexte de taux bas et donc de rendement bas, le fonds en euros ne peut plus à la fois offrir de la liquidité, du rendement et de la sécurité. L’offre va donc se diversifier en fonction de l’appétit au risque du client et de son horizon de placement. Le devoir de conseil de l’assureur prend ici toute son importance. Je note d’ailleurs que, depuis quelques mois, les unités de compte attirent de plus en plus de Français : la part des UC dans les cotisations du mois de décembre 2019 atteignent 40 %, un record.